Käthe Kollwitz (1867-1945)

Dates importantes de la vie de l’artiste

Enfance, jeunesse et éducation (1867-1890)

Käthe Schmidt à 5 ans, 1872, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Schmidt à 5 ans, 1872

1867
Käthe Kollwitz, née Schmidt, vient au monde le 8 juillet 1867 à Königsberg en Prusse Orientale. Elle est le cinquième enfant de Carl Schmidt (1825-1898) et Katharina Schmidt, née Rupp (1837-1925).

1881–1886
Son père décèle les prédispositions de sa fille pour le dessin. Elle lui doit sa formation d’artiste.
Käthe Schmidt reçoit ses premières leçons à Königsberg auprès du graveur Rudolf Mauer (1845-1905) et du peintre Gustave Naujok (dates incertaines).

1886
Lors d’un voyage vers l’Engadine, Käthe Schmidt fait escale à Berlin et y rencontre les écrivains naturalistes Gerhart Hauptmann (1862-1946) et Arno Holz (1863-1929). À Munich, elle admire les peintures de Rubens à la Alte Pinakothek.

Après ce voyage, elle étudie le portrait à la Künstlerinnenschule (école d'art pour filles) de Berlin auprès du peintre, graveur et sculpteur suisse Karl Stauffer-Bern (1857-1891). Il attire son attention sur l’artiste Max Klinger (1857-1920) dont le cycle de gravures Une vie, datant de 1884 et présentée lors d’une exposition à Berlin, l’impressionne. Les cycles de Klinger »Une vie« et »Un amour«, seront d’une importance déterminante dans l’œuvre de Käthe Kollwitz.

1887–1888
Käthe Schmidt revient à Königsberg et suit les cours du peintre Emil Neide (1843-1908). Le peintre d’histoire, de genre et portraitiste est célèbre en Prusse-Orientale pour sa peinture historique. Il travaille sur la décoration de l’auditorium de l’université de Königsberg et sur les auditoriums de plusieurs lycées à Insterburg et Königsberg, où il illustre l’histoire prussienne par des thèmes et des représentations mythologiques.

En juillet 1888, les parents de Käthe Schmidt annoncent ses fiançailles avec le médecin Karl Kollwitz (1863-1940), camarade d’école de son frère Konrad. Karl Kollwitz est proche de la Communauté protestante libre et membre de la Social-démocratie. Il fondera en 1913 la Sozialdemokratischen Ärzteverein (Association des médecins socio-démocrates) et deviendra conseiller municipal en 1919 sous l’étiquette du parti social-démocrate (SPD).

1888–1890
Käthe Schmidt étudie à la Künstlerinnenschule (école d’art pour filles) de Munich. Pour la première fois, elle peint des nus d’après modèle dans la classe de Ludwig Herterich (1856-1932).

À Munich, la jeune artiste est témoin des premiers succès de la peinture naturaliste en plein air avec notamment des représentations de la vie quotidienne des gens ordinaires par Max Liebermann (1847 - 1935) et Fritz von Uhde (1948 - 1911). Elle lit également la littérature naturaliste qui aborde la question des femmes. Elle commence à s’intéresser à la problématique des rapports entre les sexes.

Elle dessine les premières esquisses d’une scène de bagarre tirée du roman »Germinal« de l’écrivain français Émile Zola (1840-1902).

1890
De retour à Königsberg Käthe Schmidt commence à peindre la scène de bataille du roman de Zola »Germinal«. Elle réalise les dessins préparatoires dans des pubs. Peu de temps après, en raison de son mariage et du manque d’espace prévu par le prochain déménagement à Berlin, elle décide de graver la scène. À cet effet, Rudolf Mauer, son premier professeur, lui enseigne les techniques de la gravure.

Sur le chemin du succès (1891-1900)

Käthe Schmidt vers 1890, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, vers 1890

1891
Mariage de Käthe Schmidt et de Karl Kollwitz. Ils s’installent à Berlin, dans la rue où Karl ouvre un cabinet médical conventionné : la Weißenburgerstraße (aujourd'hui Kollwitzstraße), dans le quartier de Prenzlauer Berg. Käthe Kollwitz y vivra plus de 50 ans, jusqu'à l’été 1943.

Max Liebermann (1847-1935) devient un exemple à suivre pour Käthe Kollwitz, qui pour la première fois après ses études à Munich, cherche à rendre dans son art les situations caractéristiques de la vie ouvrière, mais sans encore y inclure de critique sociale.

L’artiste déclarera plus tard qu’elle avait trouvé dans l’essai de Max Klinger »Malerei und Zeichnung« (Peinture et dessin) l’impulsion qui l’incita à s’orienter vers les arts graphiques et à traiter des aspects négatifs de la vie. L’essai (publié pour la première fois en 1891) a achevé de convaincre Kollwitz de se consacrer aux arts graphiques.

Elle projette de réaliser un cycle de gravures sur le roman de Zola »Germinal«.

1892
Naissance de son fils Hans Kollwitz (1892-1971).

1893
Impressionnée par la première du drame naturaliste »Les Tisserands« de Gerhart Hauptmann, qui se déroule sur fond de révolte de la faim des tisserands silésiens en 1844, Käthe Kollwitz interrompt son travail sur le cycle inspiré par »Germinal« et entame la réalisation de son premier cycle complète de gravures »Une Révolte des tisserands«, qu’elle achèvera en 1897.

1896
Pour sa première lithographie, Käthe Kollwitz dessine son fils aîné Hans.

Naissance de son fils Peter Kollwitz (1896-1914).

1898 
Käthe Kollwitz accède à la reconnaissance lors de la Grande Exposition d’art de Berlin avec son cycle »Une Révolte des tisserands«. Membre du jury, Max Liebermann (1847-1935) propose à l’empereur Guillaume II de décerner une médaille à Käthe Kollwitz. L’empereur refuse avec indignation.

Max Lehrs (1855-1938), directeur du cabinet des estampes de Dresde, a remarqué Kollwitz et devient le premier représentant d’un musée à acquérir des estampes de Käthe Kollwitz. Il devient, aux côtés de Max Liebermann, le principal soutien de la jeune artiste.

1898–1903
Käthe Kollwitz est chargée de cours de dessin et de gravure à la Künstlerinnenschule de Berlin.

1899
L’artiste participe à la première exposition de la Sécession berlinoise et à la cinquième exposition de la Sécession viennoise. À Vienne, le musée Albertina acquiert l’eau-forte »Fin«, tirée du cycle des Tisserands, et pose ainsi les fondements de sa collection Kollwitz.

À l’occasion de l’Exposition d’art allemand à Dresde, les jurés Max Lehrs et Max Klinger initient l'attribution d'une petite plaque en or à Käthe Kollwitz.

Kollwitz réalise l’eau-forte »Émeute«, la première œuvre sur le thème de la guerre des paysans.

La décennie heureuse (1901-1913)

Käthe Kollwitz, 1906, devant son eau-forte »La Carmagnole«, Photographe: Philipp Kester, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, 1906, devant son eau-forte Carmagnole.
Photographe: Philipp Kester

1901
Käthe Kollwitz devient membre de la Sécession berlinoise fondée en 1898 en réaction à la scène artistique berlinoise.

Premier court voyage à Paris. Elle rend visite au dessinateur, lithographe, affichiste, graveur et peintre Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), célèbre pour sa critique sociale et ses caricatures du petit monde de la butte Montmartre. Elle lui présente une épreuve de son eau-forte »Carmagnole« qu’elle vient de terminer. Le marchand d’art et collectionneur Otto Ackermann, époux de son amie Maria Slavona, la guide à travers les galeries parisiennes. Chez Ambroise Vollard, elle achète un pastel du jeune Picasso (1881-1973) intitulé »La bête« et daté de 1900.

De 1901 à 1904, l’artiste crée la plupart de ses œuvres colorées.

En novembre 1901, Käthe Kollwitz présente à la Sécession berlinoise la gravure polychrome en techniques mixtes »Femme à l’orange«. Le magazine Die Kunst für Alle prétend qu’elle est l’inventrice de ce procédé.

Viennent ensuite la première exposition à Paris chez le galeriste Charles Hessèle et à Londres à la Société internationale des sculpteurs, peintres et graveurs.

Campbell Dodgson (1867-1948), assistant puis, à partir de 1912, directeur du département des estampes et des dessins au British Museum, commence vers 1900 à collectionner des œuvres graphiques d’artistes contemporains. Dodgson acquiert 36 œuvres de premier choix de Käthe Kollwitz, surtout des épreuves d’état et des gravures rares, toutes datées d’avant 1910, première période de l’artiste. Dodgson léguera par la suite sa magnifique collection de plus de 5 000 estampes au British Museum.

Kollwitz commence à travailler sur son deuxième cycle de gravures, »Guerre des paysans«, d’après »l’Histoire générale de la grande guerre des paysans«, de Wilhelm Zimmermann (1807-1878) et publiée de 1841 à 1843, qu’elle a probablement lu dans l’édition populaire illustrée de 1891. À Paris, inspirée par, entre autres, les cycles de lithographies polychromes des Nabis, elle envisage d’employer cette technique pour son cycle sur la guerre des paysans.

1902
Le cabinet des estampes de Berlin commence à acheter des estampes de Käthe Kollwitz. De son vivant, les cabinets des estampes de Berlin et de Dresde constituent les plus grandes collections publiques de Kollwitz en Allemagne. La Public Library de New York est la première collection publique à acquérir ses estampes aux États-Unis.

1903 
Max Lehrs (1855-1938) publie dans le magazine Die graphischen Künste un premier inventaire de 50 estampes de Käthe Kollwitz issus de la collection du cabinet des estampes de Dresde.

1904
Käthe Kollwitz obtient un financement pour continuer son travail sur le cycle dédié à la guerre des paysans auprès de la Verbindung für historische Kunst (Association pour l’art historique) dont le siège est à Dresde et dont Max Lehrs est membre du comité de sélection des arts graphiques. Elle reçoit la commande de terminer le cycle jusqu’en 1908. Le marchand d'art Emil Richter de Dresde participe à l'achat du cycle ; il obtiendra plus tard l’exclusivité sur les estampes de Käthe Kollwitz, et ce jusqu’en 1931.

Deuxième voyage à Paris. Käthe Kollwitz suit les cours de sculpture à l’Académie Julian pendant deux mois, probablement dans la classe de Raoul Verlet (1857-1923) et y apprend les bases de cet art. Grâce à une lettre de recommandation de Hugo von Tschudi, directeur de la Nationalgalerie à Berlin, elle visite les ateliers d'Auguste Rodin (1840-1917) à Paris et à Meudon. À Paris, elle rencontre le jeune sculpteur allemand Bernhard Hoetger (1874-1949), mais aussi le philosophe allemand Georg Simmel (1858-1918). Plus tard, son fils Hans suivra les conférences.

1905
Käthe Kollwitz expose 13 œuvres au Salon des indépendants à Paris.

1906
Käthe Kollwitz conçoit l’affiche pour »l’Exposition allemande du travail à domicile à Berlin«. Elle prend comme motif une ouvrière épuisée. L’impératrice refuse de visiter l’exposition tant que l’affiche n’est pas retirée.

1907
Käthe Kollwitz reçoit le prix de la Villa Romana, institué par Max Klinger, qui offre aux lauréats un séjour d’étude d’un an à Florence. Elle y passe un temps relativement court afin de ne pas repousser l’achèvement de son cycle »Guerre des paysans«.
Lors de son séjour en Italie, elle part trois semaines en randonnée de Florence à Rome avec une amie.

1908
L’artiste termine son cycle »Guerre des paysans«. Il fait l’objet d’un grand tirage, car en 1904, la Verbindung für historische Kunst en a partagé l’achat avec le marchand d’art Emil Richter qui commercialise le cycle.

De 1908 à 1910, Käthe Kollwitz collabore avec le magazine satirique »Simplicissimus«. Elle réalise un total de 14 dessins pour le magazine hebdomadaire où elle aborde les problèmes du prolétariat. Ses œuvres graphiques traduisent de plus en plus son engagement social et politique.

De septembre 1908 à mai 1943, les écrits issus du journal de l'artiste ont été transmis.

À l’automne 1908, Käthe Kollwitz commence à modeler l’argile.

1909
Premier moulage en bronze d'une œuvre de Käthe Kollwitz, le »Bas-relief de Julius Rupp« est réalisé à la fonderie Gladenbeck à Berlin pour sa pierre commémorative à Königsberg à l'occasion de son 100e anniversaire.

1910
Au cours des années 1910 à 1912 elle réalise plusieurs projets de sculptures, dont la plus ancienne conservée à ce jour : le petit bronze »Femme avec enfant entre ses genoux«.

1912-1913 
Après la plainte d’une association de propriétaires, son affiche pour la »Zweckverband Groß-Berlin« (Association du grand Berlin) est interdite. Elle y faisait référence à la grave crise du logement qui sévit alors dans la ville.

En septembre, Käthe Kollwitz loue un atelier dans la communauté d’ateliers du Siegmundshof à Berlin dans le quartier de Tiergarten. Elle y restera jusqu’en 1928.

Le cabinet des estampes de la Public Library de New York présente probablement la première exposition individuelle de l’œuvre de Kollwitz aux États-Unis.

En 1912, Käthe Kollwitz est élue membre du conseil de la Sécession berlinoise. Après la scission de la Sécession berlinoise, Käthe Kollwitz rejoint la Sécession libre, au comité duquel elle siège de 1914 à 1916.

En 1913 Käthe Kollwitz participe à la fondation de la Frauenkunstverband (Association des artistes femmes) qu’elle préside jusqu’en 1923.

De 1913 à 1915 elle réalise le »Couple amoureux«. De 1913 à 1918, l’artiste se concentre essentiellement sur la sculpture.

Le catalogue raisonné, que dresse Johannes Sievers (1880-1969) en 1913, compte désormais 122 œuvres graphiques de l’artiste.

Années de guerre (1914-1918)

Käthe Kollwitz, 1915, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, 1915

1914
Courte collaboration avec le magazine Kriegszeit, publié de 1914 à 1916 par le galeriste et éditeur Paul Cassirer.

Peter, le fils cadet de Käthe Kollwitz, engagé volontaire, meurt peu après le déclenchement de la Première Guerre mondiale à l’âge de 18 ans, le 22 octobre à Dixmude en Belgique.

L’artiste conçoit un monument aux morts en l’honneur de son fils et de tous les engagés volontaires. En 1915, elle commence à travailler sur trois personnages plus grands que nature qu’elle veut ériger sur les hauteurs de la Havel, près de Berlin. Mais elle cessera d’y travailler en 1919.

Pendant la guerre, Käthe Kollwitz se tourne vers le pacifisme.

1916
Kollwitz présente son œuvre »Couple amoureux«, considérée comme sa première sculpture, à l’exposition de printemps de la Sécession libre.

1917
De nombreuses expositions sont organisées à l’occasion du 50e anniversaire de Käthe Kollwitz. Le cabinet des estampes de Berlin expose la quasi-totalité de ses estampes.L’artiste présente pour la première fois un grand nombre de dessins à la galerie Paul Cassirer. Cette exposition voyage ensuite à Königsberg, Dresde, Hambourg et Mannheim.

Käthe Kollwitz rédige une nécrologie d’Auguste Rodin (1840-1917) pour les Sozialistische Monatshefte (Bulletin mensuel socialiste).

1918
Dans une lettre ouverte, publiée le 28 octobre 1918 par le Vorwärts, et le 30 octobre 1918 par la Vossische Zeitung, Käthe Kollwitz s’élève contre l’appel de Richard Dehmel à poursuivre la guerre. Celle-ci connaît une rapide diffusion. Elle termine sa lettre par une citation des Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe : »Les graines de semences ne doivent pas être moulues! !«

11 novembre 1918 : Armistice

Käthe Kollwitz commence à travailler sur la série de gravures »Guerre«, dans laquelle l’artiste aborde son expérience personnelle de la Première Guerre mondiale.

Éveil et bouleversement - la période de Weimar (1919-1932)

Käthe Kollwitz, vers 1920, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, vers 1920

1919
Käthe Kollwitz devient la première femme membre de l’Académie des arts de Prusse et à être nommée professeur. À sa demande, sa nomination n'a d'abord été associée à aucune activité d'enseignement.

En 1919, elle devient également membre du comité principal du Bund Neues Vaterland (Union nouvelle patrie; à partir de 1922: Ligue allemande des droits de l'homme), la plus importante association pacifiste allemande pendant la Première Guerre mondiale.

1920
À la demande de la Sécession libre, Käthe Kollwitz prononce une oraison funèbre devant la tombe de Max Klinger (1857-1920).

L’artiste s’engage avec une affiche et ses »Tracts contre l'usure« qui dénoncent la crise d’après-guerre.

Inspirée par Ernst Barlach (1870-1938), elle réalise l’une de ses premières gravures sur bois pour l’estampe »Commémoratif en mémoire de Karl Liebknecht«.

1921
Naissance de Peter, premier petit-fils de Kollwitz. Ses parents Hans Kollwitz et Ottilie Ehlers-Kollwitz le nomment d’après le fils cadet de l’artiste, mort en 1914, pendant la Première Guerre mondiale. Peter sera mobilisé en 1940 et tombera le 22 septembre 1942, sur le front de l’Est près de Rjev.

Jusqu'en 1924 Kollwitz siège, aux côtés d’autres intellectuels du monde entier, au comité central de l’organisation communiste Secours ouvrier international (SOI). C’est pour cette organisation qu’elle crée l’affiche »Aidez la Russie« pour contribuer à surmonter la sécheresse dans la région de la Volga.

Jusqu’en 1934, Käthe Kollwitz participera aux expositions »noire et blanc« (expositions des arts graphiques) de l’Académie des Arts de Prusse.

1921/22
Käthe Kollwitz achève la série de gravures sur bois »Guerre«.

1922
L’artiste signe l’appel de la Ligue allemande des droits de l’homme pour une entente avec la France.

1923
Naissance de ses petites-filles, les jumelles Jördis (1923-2018) et Jutta.

Publication du portfolio »Adieu et mort« avec huit dessins facsimilés de l’artiste et une introduction par Gerhart Hauptmann.

À la suite de Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), Käthe Kollwitz est la deuxième artiste à laquelle la Confédération internationale des syndicats commande une affiche pour la Journée contre la guerre en septembre 1924. Le thème en est le dixième anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale. L’affiche, publiée en plusieurs langues, s’intitule »Les survivants. Guerre à la guerre!«

Avec l’affiche »Les enfants d’Allemagne meurent de faim!« pour le SOI Käthe Kollwitz dénonce la disette résultant de l’inflation.

1924
Pour la Journée de la jeunesse du mouvement ouvrier socialiste d’Allemagne centrale, Käthe Kollwitz réalise l’affiche »Jamais plus la guerre« qui deviendra une icône du mouvement pacifiste après la deuxième Guerre Mondiale.

Une lithographie de l’artiste est publiée dans le portfolio »Faim« pour l’IAH.

Après l’abandon de son projet de monument aux morts en 1919, Käthe Kollwitz se lance, 10 après la mort de Peter, dans un nouveau projet de mémorial. Il doit maintenant être érigé au cimetière militaire de Roggevelde près de Dixmude en Belgique, où son fils est enterré. En juin 1926, Käthe Kollwitz se rend en Belgique avec son mari pour visiter l’endroit. Elle peut ensuite entrer dans la phase finale de ce nouveau projet des »Parents en deuil«.

Kollwitz publie dans les Sozialistische Monatshefte (Bulletin mensuel socialiste) une nécrologie de Théophile-Alexandre Steinlen (1859–1923).

En 1924/25 Kollwitz travaille pour la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, dont la mission est, entre autres, d’éduquer les masses sur les horreurs des méthodes de guerre modernes. La Ligue met en garde contre la guerre chimique avec un dessin de l’artiste.

1925
Mort de la mère de l’artiste, Katharina Schmidt (1837-1925), qui vivait depuis 1919 dans l’appartement de la famille Kollwitz.

Käthe Kollwitz termine la série de gravures sur bois »Prolétariat«.

1926
De 1926 à 1936, Käthe Kollwitz retravaille encore et encore son autoportrait sculpté.

60e anniversaire - l’apogée de la gloire (1927-1932)

 Käthe Kollwitz, 1927, choisissant les œuvres qu’elle exposera à l’Académie des arts de Prusse, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, 1927, choisissant les œuvres qu’elle exposera à l’Académie des arts de Prusse

1927 
Pour son 60e anniversaire, Käthe Kollwitz reçoit de nombreux honneurs et fait l’objet de plusieurs expositions, dont une à l’Académie des arts de Prusse. Parmi les 500 lettres et télégrammes de félicitations qu’elle reçoit pour son anniversaire, on peut noter les félicitations du ministre de l’intérieur du Reich, du ministre prussien de la culture, du chargé de la culture du Reich et du maire de Berlin.
Käthe Kollwitz est à l’apogée de sa renommée.

Louise Diel (1893-1967), journaliste berlinoise et collectionneuse de Kollwitz, organise une exposition itinérante qui passe d’abord par New York en 1925, puis voyage en Suisse (Genève) en 1926, et enfin en 1927 dans plusieurs villes d’Allemagne à l’occasion de cet anniversaire.

En tant que membre de la Société des amis de la nouvelle Russie, Käthe Kollwitz reçoit une invitation aux célébrations du 10e anniversaire de la Révolution d’octobre à Moscou et au congrès mondial des Amis de l’Union Soviétique qui se tient dans la même ville du 9 au 12 novembre et auquel participent 947 délégués du monde entier. Karl Kollwitz l’accompagne lors de ce voyage.

1928
À l’occasion du 60e anniversaire de Käthe Kollwitz, l’Académie d’état des arts (GAChN) de Moscou organise la première exposition individuelle de l’artiste en Union Soviétique. Rassemblant 60 estampes, cette exposition est présentée au musée d’état des beaux-arts de Moscou puis au musée central de la RSSA tatare à Kazan.

1928–1932
Käthe Kollwitz prend la direction de l’atelier d’arts graphiques à l’Académie des Arts de Prusse à Berlin. Elle obtient deux grands espaces de travail dans les locaux de l’école supérieure sur la Hardenbergstraße.

1929
Käthe Kollwitz devient la première femme à se voir décerner l’Ordre du Mérite des Sciences et des Arts le 29 mai 1929.

En collaboration avec le peintre berlinois Hans Baluschek (1870-1935), Käthe Kollwitz assure la supervision et conçoit une affiche pour le film »L’Enfer des pauvres«, dédié à Heinrich Zille (1858-1929).

1930
Naissance du dernier petit-fils de Kollwitz, Arne Andreas.

L’écrivain chinois Lu Xun (1881-1936) découvre l’œuvre de Kollwitz. Avec l’aide de la journaliste américaine Agnes Smedley, il acquiert en 1931 quatre œuvres, publie des textes sur l’artiste, et édite en 1936 à Shanghai un portfolio de reproductions de Kollwitz.

1931
Après la faillite du marchand d’art Emil Richter de Dresde, la représentation de l’œuvre graphique de Kollwitz est assurée par Alexander von der Becke à Berlin.

Le modèle en plâtre du monument »Parents en deuil« est présenté pour la première fois à l’exposition de l’Académie de Berlin.

1932
Les sculpteurs August Rhades et Fritz Diederich sculptent dans la Pierre bleue de Belgique les »Parents en deuil« à partir des modèles en plâtre de l’artiste. Kollwitz peut les présenter dans le hall de la Nationalgalerie de Berlin. En juillet, Käthe Kollwitz et son mari se rendent en Belgique pour superviser l’installation du monument commémoratif au cimetière militaire de Roggevelde.

Après son retour de Belgique, l’artiste réalise un nouveau modèle en argile de son groupe Mère et enfant, commencé au printemps 1914. Elle remanie complètement l’ensemble qui aboutira en 1936 à la sculpture »Mère avec deux enfants«.

Juste avant les élections du 13 juillet, Käthe Kollwitz lance avec Heinrich Mann et Albert Einstein une pétition sous le titre »Un appel urgent« pour la fusion entre KPD et SPD afin d’empêcher que les nazis remportent la majorité. Réunissant 33 signataires, dont Karl Kollwitz, Erich Kästner, Ernst Toller et Arnold Zweig, la pétition n’est publiée que par le Internationaler Sozialistischer Kampfbund (Ligue internationale des militants socialistes) dans le journal Der Funke, mais elle fait aussi l’objet d’une campagne d’affichage à Berlin.

Vivre et travailler sous le troisième Reich (1933-1945)

Käthe e Karl Kollwitz, 1933, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe e Karl Kollwitz, 1933

1933 
Même après la prise de pouvoir par les nazis, Käthe Kollwitz soutient en février 1933 un nouvel »Appel urgent« pour la fusion des partis de gauche pour des dernières élections libres du 5 mars. Cette fois, seulement 17 personnalités, en plus d’elle et de son mari, signent l’appel, dont Heinrich Mann et Erich Kästner. Albert Einstein avait déjà quitté l’Allemagne.

Sous la menace d’une fermeture de l’Académie des Arts de Prusse Heinrich Mann et Käthe Kollwitz, qui y dirige un atelier depuis 1928, sont contraints à la démission. En solidarité, le délégué à l’urbanisme Wagner démissionne de son poste. Käthe Kollwitz peut conserver son atelier à l’Académie jusqu'à la mi-janvier 1934.

Comme beaucoup de communistes et de sociaux-démocrates, le couple Kollwitz se réfugie en Tchécoslovaquie en mars par crainte d’une arrestation, mais revient à Berlin après quelques semaines.

En juillet 1933, Karl Kollwitz se voit retirer l’agrément de l’Assurance maladie. Après le succès de leur recours, lui et d’autres médecins du Sozialdemokratischer Ärzteverein le retrouvent en octobre. Hans Kollwitz perd son emploi de médecin de l’éducation nationale à Berlin pour une courte durée. Lors d’une perquisition à son domicile, des livres sur sa mère sont confisqués.

La popularité de Käthe Kollwitz aux États-Unis ne cesse de grandir. En 1933, le musée d’art de Worcester (Massachusetts) organise une exposition et en 1934, c’est l’université de Harvard qui expose ses estampes. En 1934/35 des expositions itinérantes sont organisées par la College Art Association. En 1937, d'autre présentations sont organisées par la galerie-librairie Zeitlins à Los Angeles, la Fine Arts Gallery de San Diego et enfin la galerie Hudson en 1937, à New York.

Au début des années 1940, l’American Federation of Arts, le Museum of Modern Art (MoMA), le Brooklyn Museum à New York et le Cleveland Museum of Art sont le lieu d’autres expositions. La galerie St. Etienne à New York présente sa première exposition Kollwitz en 1943/44 et deviendra un des principaux marchands de l’artiste aux États-Unis.

1934
Käthe Kollwitz commence à travailler sur sa dernière série de gravures »Mort« qu’elle terminera en 1937.

À l’automne 1934, elle s'installe dans l’atelier communautaire de la Klosterstraße. Elle y trouve un nouvel espace de travail pour achever sa grande sculpture »Mère avec deux enfants«.

Elle représente un modèle d’intégrité et de ténacité pour ses collègues plus jeunes.

Les dix dernières années de sa vie (1935-1945)

Käthe Kollwitz, 1935, devant un autoportrait, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, 1935, devant un autoportrait

1935
Au printemps, ses œuvres sont exclues de l’exposition »L’art de Berlin« à la Neue Pinakothek de Munich peu avant l’inauguration. Cela se reproduira à la fin de la même année à Düsseldorf.

Son soutien et ami de toujours Max Liebermann meurt le 8 février. Les nazis l’avaient relégué au ban de la société en raison de sa judéité. Elle assiste à ses funérailles.

De l’été 1935 jusqu’en février 1936, Kollwitz travaille sur le bas-relief en bronze »Repose dans la paix de ses mains« pour le caveau familial au cimetière central de Berlin-Friedrichsfelde.

1936
La Gestapo interroge Käthe Kollwitz suite à la parution dans le journal moscovite Izvestija d'un article basé sur un entretien avec elle. Elle est menacée d’une incarcération en camp de concentration en cas de récidive.

Un jour avant l’ouverture de l'exposition »Sculpteurs de Berlin, de Schlüter à aujourd’hui«, organisée à l'occasion du jubilé de l’Académie des Arts de Prusse, les deux œuvres prêtées par Käthe Kollwitz sont retirées.

1937
Dans le cadre de la campagne  »L’art dégénéré« les œuvres de Kollwitz sont saisies dans au moins onze musées allemands. Les œuvres sont vendues, échangées ou transférées au ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande du Reich. Les marchands d’art chargés d’assurer la ›liquidation‹ des œuvres de Kollwitz sont Bernhard A. Böhmer, Karl Buchholz et Hildebrand Gurlitt.

Une exposition à l’occasion du 70e anniversaire de Käthe Kollwitz à la galerie Nierendorf de Berlin doit être annulée, de même qu’une autre à la librairie-galerie Buchholz, juste après son ouverture. Cette dernière reste accessible aux amis de la maison. C’est là qu’est présenté pour la première fois le moulage en ciment de »Mère avec deux enfants«.

Exposer ses œuvres au public devenant impossible en Allemagne, l’artiste en présente une sélection dans son atelier de la Klosterstraße.

Käthe Kollwitz fait sculpter »Mère avec deux enfants« dans un calcaire conchylien. Parallèlement, elle travaille à trois petites sculptures: »L’adieu aux soldats II«, »La tour des mères« et »Pietà«.

La majorité de ses ventes sont réalisées aux Etats-Unis.

1938
Ernst Barlach (1870-1938) meurt le 24 octobre. Käthe Kollwitz dessine l’artiste mort, assiste à ses funérailles et commence à travailler sur son bas-relief en bronze »Lamentation«, (probablement achevé en 1941), qui exprime la souffrance de son deuil.

Käthe Kollwitz est profondément choquée par le pogrom de la nuit de Cristal, le 11 novembre. Elle ressent personnellement les effets de la persécution des juifs au travers du destin de la famille de sa sœur Lisbeth Stern. Quelques années plus tard, au cours de la seconde guerre mondiale, Kollwitz tente de venir en aide à ses collègues juives en leurs fournissant des cartes de rationnement réservées aux Aryens.

1939
Lessing J. Rosenwald (1891-1979), l’un des plus importants collectionneurs d’arts graphiques de son temps, s'intéresse au travail de Kollwitz et acquiert plusieurs œuvres. En quelques années, il rassemble 115 gravures et 27 dessins de l’artiste. Plus tard, il léguera sa collection entière à la National Gallery de Washington.

Karl Kollwitz doit abandonner la pratique de la médecine pour des raisons de santé.

Käthe Kollwitz, vers 1940, photographe inconnu, succession Kollwitz © Käthe Kollwitz Museum Köln
Käthe Kollwitz, vers 1940

1940
Karl Kollwitz (1863-1940) meurt le 19 juillet. Dans la petite sculpture »Adieu«, achevée en 1941, Käthe Kollwitz donne forme à son chagrin après la perte son mari.

À l’automne, l’artiste quitte son atelier de la Klosterstraße pour des raisons de santé.

1941
»Les graines de semence ne doivent pas être moulues« est probablement la dernière lithographie réalisée par l’artiste. Elle est imprimée en quelques exemplaires et représente une sorte de testament.

1942
Son petit-fils Peter tombe au front de l’est près de Rjev le 22 septembre.

1943
Käthe Kollwitz réalise sa dernière petite sculpture »Deux femmes de soldat attendant« et pousse son travail jusqu’à l’étape du plâtre.

Fuyant les bombardements sur Berlin, Käthe Kollwitz trouve refuge en août chez la sculptrice Margret Böning (1911-1995), à Nordhausen, en Thuringe, encore relativement épargnée par les raids aériens.

Fin novembre, son appartement à Berlin est détruit par des raids aériens. Käthe Kollwitz y a vécu et travaillé depuis l’été 1891, c’est à dire plus de 50 ans. Début décembre, la maison de son fils Hans à Berlin est gravement endommagée.

1944
Käthe Kollwitz accepte en juillet l’invitation du Prince Ernst Heinrich de Saxe (1896-1971) à Moritzburg près de Dresde. Elle occupe deux chambres dans le Rüdenhof. Depuis 1995, le bâtiment est un monument à la mémoire de l’artiste.

1945
Le 22 avril, quelques jours avant la fin de la guerre, Käthe Kollwitz meurt à Moritzburg.

En septembre, l’urne funéraire de l’artiste est transférée à Berlin et enterrée dans la tombe familiale au cimetière central de Berlin-Friedrichsfelde.